New York. Cela fait trois mois que j’en rêve et que la chanson de Sinatra me hante l’esprit. C’est certainement une ville dans laquelle je ne m’imagine pas vivre, mais cette cité fait rêver. Je me vois au milieu de ces buildings, croiser Woodie Allen par hasard au détour d’une rue de Manhattan. La statue de la Liberté, Times Squares, Central Park, Wall Street… Bref, uniquement des sites touristiques! Je le reconnais. Selon moi, New York représente la Vraie Amérique, en raison de ce mélange de cultures, de climats, de traditions, de peuples venant de tous les pays du monde… La cote Ouest et son éternel soleil ne m’intéressent guère.
L’organisation du séjour à New York fut assez complexe. Nous avons tout d’abord reporté la date prévue pour diverses raisons. Et puis, j’ai eu quelques problèmes au niveau des services de l’immigration. Étant donné que j’ai prolongé le travail au ministère pour deux mois supplémentaires, j’ai du effectuer une demande de nouveau permis de travail. Bref, encore tout un ensemble de documents et de justificatifs à fournir. Je peux vous assurer que l’administration canadienne n’a rien à envier aux autorités françaises au niveau de la complexité des procédures. Avec un autre collègue au ministère qui a, tout comme moi, prolongé son travail, nous avons envoyé notre dossier le même jour, à partir du même endroit. Cinquante jours après environ (le délai moyen de traitement), cet autre travailleur français reçoit ses documents. Après plusieurs jours d’attente, je parviens enfin à joindre un être vivant au service d’appel du centre d’immigration du Canada. Là, au bout de plusieurs minutes, on me signale que mon dossier n’a toujours pas été reçu, et que mon enveloppe est donc perdue quelque part au Canada… Génial! On me fait aussi comprendre qu’il faut renoncer à mes ambitions de rejoindre New York, étant donné que je suis en quelque sorte « illégal » sur le territoire canadien. Complètement abasourdi par cette nouvelle, je me rends immédiatement sous la pluie au centre d’immigration du Canada, situé près de la Gare Bonaventure. Là, on me signale exactement la même chose, en me demandant une nouvelle fois de faire un dossier et de l’envoyer à nouveau.
En sortant, je commence à pester contre cette administration, et je vois mes rêves de visiter New York s’effondrer. Le choc sera trop rude. Je ne peux partir du Québec sans voir New York. En ne voulant pas rester sur ce regret lors de mon bilan de séjour à Montréal, je rejoins le consulat de France. Là, j’explique ma situation à un type dont l’unique objectif est de virer les gens car la fermeture est à 12h. Il est 11h05, et il ne souhaite voir aucune personne supplémentaire dans la salle d’attente. Bref, il ne m’écoute pas et me tend un papier, en me disant que seul le consulat des Etats-Unis peut répondre à ma demande. Je sais qu’il ne dit pas la vérité, et je commence à m’énerver. Je me mets entre lui et l’autre personne qui était derrière moi, et à qui il répond avec autant de gentillesse (« vous voulez un visa? Revenez lundi, aujourd’hui, c’est fermé! »), et je lui explique clairement ma situation en parlant plus fort. Il s’en fout, et ne me parle que du consulat des Etats-Unis. Il n’y a pas beaucoup de personnes plus calmes que moi dans la vie, mais là, je suis à la limite de l’insulter.
Il vaut mieux ne pas s’énerver. Je pars alors vers le Consulat des Etats-Unis, sans aucune illusion. Je m’attends à ce qu’on me dise :
- il faut voir ça avec le consulat français, Monsieur!
J’arrive devant le consulat. A ma grande surprise, une femme écoute ma situation. Elle m’affirme que les français possédant un passeport récent peuvent venir aux Etats-Unis une fois par an, en tant que touriste. Il me faudra apporter des documents justifiant mon emploi au Québec jusqu’au 15 juillet, et mon billet d’avion retour pour la France. Cela est une preuve que je viens aux Etats-Unis, uniquement en tant que touriste. Je lui fais répéter deux fois, en lui affirmant bien, qu’en raison de la complexité de ma situation, je serais en quelque sorte « illégal » au Canada, lorsque je souhaiterais aller aux Etats-Unis. Cela ne pose aucun problème. Je remercie chaleureusement cette femme.
Le lendemain, un collègue français devait se rendre à la frontière des Etats-Unis, afin d’obtenir un nouveau permis de travail. Il avait perdu ses papiers, donc son passeport. Afin d’obtenir son permis de travail, il devait quitter le territoire canadien, pour ensuite le rejoindre. Je vous disais que l’administration canadienne était d’une complexité impressionnante… Et, en tant que français, nous avons des accords et des facilités importantes, ce qui n’est pas le cas des autres pays mondiaux.
J’accompagne donc ce copain, en voulant moi aussi avoir la certitude que ma prochaine entrée sur le territoire des Etats-Unis ne pose pas de problème. A la frontière, on a donc rejoint le centre d’immigration des Etats-Unis, en « ne faisant pas trop les malins », en raison de notre nationalité. Dans l’édifice, j’ai immédiatement aperçu une réplique miniature de la statue de la Liberté. Ce dernier mot « liberté » contraste tellement avec toutes les caméras présentes dans le bâtiment, les tests qui nous ont été demandés (photos et empruntes digitales), les pancartes assez explicites (« keep foot and mouth diseases out of america » : « gardez vos maladies en dehors des Etats-Unis »). Incroyable! Je suis venu ici pour poser une simple question. En définitive, c’est moi qui ai du répondre aux multiples questions que l’on m’a posées. On nous a donc délivré un refus d’entrée sur le territoire des Etats-Unis, nécessaire pour rejoindre le centre d’immigration du Canada. Il faut faire le chemin en sens inverse, répondre aux autres questions éventuelles (« qu’est-ce que vous avez à déclarer? »). En entrant dans le bâtiment, j’explique que je m’étais simplement rendu au centre d’immigration des Etats-Unis afin de savoir si, dans 15 jours, j’étais autorisé à entrer dans ce pays. Mais, là, on me demande encore mes papiers pour vérifier mon identité et mon statut d’immigration.
Mon collègue obtient son nouveau permis de travail. En ce qui me concerne, je n’ai jamais eu de réponse claire à ma question. Bref, à priori, je devrais être autorisé à rejoindre le sol des Etats-Unis, mais le « good luck » de l’américain m’a un peu refroidi. Qu’est-ce que cela signifie vraiment? Espérons que je ne reste pas bloqué à la frontière pendant que les autres français rejoindront New York…
Jeudi 30 Juin. Nous sommes prêts. Julien, Fanny, Engin, Yohan, Ismaila, Christophe et moi. Avec nos sacs à dos, nous attendons patiemment à la station de bus de Montréal, un sandwich à la main. On a tous la chanson de Sinatra dans la tête. Après une heure trente d’attente, nous montons enfin dans ce bus. Destination New York!
Nous ne serons pas présent le 1er juillet à Montréal, jour de la fête nationale du Canada. Il paraît que ce jour-là est très surprenant pour les nouveaux arrivants. En effet, les québécois, afin de montrer leur indépendance vis-à-vis du Canada, ont décidé que ce jour-là serait le jour de début de bail de location. Et donc un immense jour de déménagement… A Montréal, ce jour-là, il y a peu de drapeaux canadiens… mais un immense va-et-vient de camions de déménagements, de voitures pleines de multiples objets.
Une heure après le départ, nous arrivons à la frontière. Pendant les cinquante minutes d’attente, je suis stressé, et crains que mon entrée aux Etats-Unis soit refusée. J’ai tout prévu : mon billet d’avion retour, mon certificat d’emploi au Canada, une preuve de ma demande de prolongation de permis de travail, ma carte d’identité, mon passeport…
Nous entrons dans le bâtiment d’immigration des États-Unis. Après quelques minutes d’attente, un officier américain gueule une nouvelle fois « Next! ». C’est à moi. Pourvu que tout se passe bien! Je m’avance en lui disant « Hi! ». Il ne me répond pas, et me demande où j’habite, le temps que je souhaite rester aux Etats-Unis, la raison de ma visite… Bien évidemment, il regarde mon permis de travail, et me demande pourquoi il n’est plus valide. J’explique une nouvelle fois ma situation, mais il ne souhaite pas me comprendre. Il ne fait que me répéter que je ne peux pas venir si je n’ai pas de permis de travail valide. Je lui montre les papiers de l’Ambassade des Etats-Unis en France, prouvant que je peux me rendre aux Etats-Unis dans le cas où j’ai un passeport récent. Mais, il ne les regarde presque pas. Il ne fait que répéter que c’est impossible. Bye Bye New York. Je vois mon rêve s’effondrer.
Soudain, il se retourne et va consulter d’autres officiers. J’attends. Les secondes sont interminables. Puis, il revient. Il me demande mes empruntes digitales, et me prend en photo. Il me tend un papier vert, en me demandant de le remplir sur le côté. Et, il gueule une nouvelle fois « Next! ». Je regarde. Oui, c’est un papier de visa. A priori, tout devrait donc bien fonctionner. C’est inespéré! Moi qui m’imaginais rester à la frontière et voir le car partir pour New York sans moi… Je commence à remplir le papier. On nous demande des renseignements assez précis, notamment l’adresse où je serais aux Etats-Unis. Il faut inscrire si mon entrée sur le sol des Etats-Unis a déjà été refusée. Que mettre? On va encore me poser tout un ensemble de questions si je mets « oui ». Tant pis, je prends le risque de mettre « non ». L’officier s’approche de moi et observe. Puis, il me prend assez sèchement ma fiche en me disant que je n’ai pas répondu sur la bonne ligne, à une des questions. Il me donne une nouvelle fiche, afin que je recommence, en marmonnant :
- these stupid french people do never understand anything!
Il ne faut surtout pas s’énerver. Dans ces moments-là, cela ne servirait à rien.
Je lui tends la fiche remplie. Il inscrit quelques renseignements sur son ordinateur. Je pars avec mon visa. Enfin, j’y suis parvenu. Dehors, je prends mon sac. Je suis le dernier à entrer dans le bus. Les autres passagers m’attendent. Direction New York !
Après environ huit heures, nous voici à New York. On aperçoit au loin les fameux buildings. Puis, c’est l’arrivée à la Station Centrale. Le métro est comme à Paris. Il y a un nombre de lignes impressionnant qui se mélangent de part et d’autre. Les couloirs sont immenses. De nombreux travaux ont lieu. Et, cela pue. En remontant à la surface, nous avons découvert New York : les célèbres édifices américains avec les escaliers de sortie d’urgence, les marchands de boissons et de nourriture au milieu des rues, les taxis jaunes…
A 7h30, nous rejoignons Central Park pour un petit-déjeuner. On ne peut qu’être surpris en voyant un nombre impressionnant de New Yorkais faire du sport. Devant nous, les courts de tennis sont entièrement remplis. New York ne s’arrête jamais de vivre, et commence la journée avant et finit après le reste du monde.
Contrairement à Louis-Ferdinand Céline lors de son arrivée à New York, cette ville ne m’a pas seulement impressionné par la hauteur de ses tours, mais par l’accumulation de celles-ci. L’expression « Two Much » n’existe pas à New York. Les américains n’en font jamais assez pour afficher leur supériorité. Big is beautiful. Selon moi, Paris est une ville plus belle. Mais, on ne peut nier que New York est réellement fascinant car les américains savent tellement se vendre. Alors que Paris est orienté sur la qualité, New York a choisi la quantité. Il faut que les arrivants puissent « en voir de toutes les couleurs ».
Nous avons vu Ground Zero. Un gigantesque amas de gravas, de vide entre d’autres tours. On ne peut pas réellement réaliser ce qui s’est passé ici, il y a près de quatre ans. Ce n’est pas du sadisme ou du voyeurisme, mais j’aurais voulu être là pour voir ce drame-là. Ces deux avions ont brisé le rêve américain. Il m’est difficile de comparer la mentalité New Yorkaise et américaine avant et après le 11 septembre, puisque je viens ici pour la première fois. Mais, j’ai l’impression que plus rien n’est comme avant. Dans les magasins de souvenirs, les deux tours sont souvent présentes sur les photos et posters de la ville. Que cela signifie-t-il? Les américains font-ils comme si rien ne s’était passé, ou refusent-ils de voir la réalité?
Oui, New York ne sera certainement jamais plus New York. Les Américains se méfient vraiment. Mais, il me semble qu’ils ne savent pas réellement de quoi ils se méfient. La vigilance est omniprésente. Dans les métros ou sur les bus, vous pouvez voir les pancartes : « if you see something, say something! ». Les portiques de sécurité sont très présents. Un officier a fouillé mon sac, après avoir détecté une bouteille. Il s’agissait d’un flacon pour se protéger après les piqures d’insectes. Il appelle deux autres types qui m’ont demandé :
- Why do you have this?
Question bête. J’avais ceci dans mon sac, au cas ou je sois piqué par une guêpe ou une abeille par exemple, en raison d’une allergie ! Puis, ils me posent plein d’autres questions. Bref, après un examen minutieux, ils m’ont rendu le flacon. Mais, étant donné la manière agressive dont ils posent les questions, et le nombre de renseignements qu’ils demandent, on a presque l’impression d’être un criminel et un terroriste. Ils parviennent à nous donner ce sentiment-là. On est traité comme des moins que rien.
En allant en bateau voir la Statue de la Liberté, nous avons observé une ronde interminable d’hélicoptères autour de la ville et des environs. La psychose imposée par Bush est bien présente.
J’ai été surpris par les new yorkais. Je pensais découvrir des tenues extravagantes, du « tout et du n’importe quoi ». Le culte de l’apparence. Des fashion-victim à chaque coin de rue. Rien ne m’a réellement impressionné. Les gens étaient habillés plutôt classiquement. Et puis, les new yorkaises ont aussi une taille moyenne des mini-juppes plus longue que les québécoises, qui détiennent donc peut-être la position numéro un dans le monde. Bien sur, on ne peut qu’être surpris en voyant plusieurs personnes faire des exercices de réflexion (genre Dalai Lama) au bord d’une rue. Certains cinglés tiennent aussi leurs enfants en laisse, afin de ne pas les perdre. Ce produit parfaitement commercialisé m’a choqué.
Au niveau de la nourriture, nous nous sommes parfaitement intégré à la culture américaine, en mangeant trois fois au McDonalds (autant de fois pour moi que sur une année en règle générale). On peut dire que nous sommes devenus les parfaits américains que nous avons en cliché, si l’on y ajoute les parts de pizza, les hot dogs, les sodas…. Mais, notre seul but en venant à New York était réellement de visiter le plus de choses. L’importance accordée à la nourriture pendant ces quelques jours a donc été dérisoire.
Nous avons visité un musée retraçant les grands moments de l’immigration aux Etats-Unis sur Ellis Island, vantant la politique d’accueil de ce pays à travers le temps. Ce pays, terre d’accueil, refuge de rêves… J’ai l’impression que ceci est à conjuguer au passé, tant les américains se méfient désormais de tout nouvel arrivant. « Gardez vos maladies en dehors des Etats-Unis », les fouilles systématiques, les incitations à la vigilance…
En tant que parfaits touristes, nous avons aussi vu tous les autres sites célèbres de la ville : Times Square, l’Empire State Building, Wall Street, le pont de Brooklyn ou de Manhattan (filmé de manière grandiose par Woodie Allen), Chinatown, Little Italy… Tout comme dans le commerce mondial, la communauté chinoise se propage fortement dans New York et dévore Little Italy.
Selon moi, il n’y a rien de plus joli que de marcher au hasard dans une grande ville et de se laisser mener par l’inconnu. Lorsqu’on est perdu, il y a souvent une station de métro assez proche qui permet de nous repérer et de revenir chez soi. J’adore ce sentiment de relative aventure. J’appréciais énormément ceci à Paris. A New York, cela fut merveilleux, notamment la nuit puisqu’on y découvre alors toute une variété de personnes qui sont moins sérieux que le jour. Comme le disait Sinatra, New York ne dort jamais.
On critique Paris pour son sens de l’accueil. Mais, New York n’a rien à lui envier sur ce point-là. On remarque assez rapidement que le touriste n’est que du bétail destiné à être transporté d’un endroit à l’autre de la ville, afin qu’il puisse y dépenser son argent. Tous les prétextes sont bons pour recueillir les dollars de ces gens. En sortant de discothèque, un vieillard est venu nous voir, et nous raconter quelques blagues, pour avoir un peu d’argent. Business is business. Beaucoup de new yorkais sont peu gracieux. Dès que tu sors des dollars, on te respecte pour quelques instants. L’accueil fut donc assez déplorable. J’ai pu constater que les français ne laissent jamais indifférents. On est souvent adoré ou détesté. Le juste milieu n’existe pas. New York est une ville avancée et cosmopolite, d’où un sentiment anti-français relativement restreint. Au Texas, la situation aurait été différente…
New York est magique, car cette ville représente le monde. En vous promenant, vous avez l’impression de traverser la planète entière, tant les quartiers sont différents. New York est un concentré de tout ce que vous pouvez trouver sur Terre.
Au niveau des sorties, nous sommes notamment allés à Greenwich Village. Étant donné que nous ne savions initialement pas que ce quartier était gai, nous nous sommes rapidement rendu compte qu’il allait être difficile de draguer des filles ce soir-là.
Ce séjour se déroula très rapidement. Le lundi soir, nous avons eu la chance d’assister au feu d’artifice de la fête nationale américaine. Bien que nous ayons été surpris les jours précédents de voir un nombre de drapeaux américains impressionnant dans les rues, la journée du 4 juillet ne fut pas marquée par un mouvement immense de patriotisme. Le feu d’artifice fut à l’américaine : il faut « épater la galerie » et « en mettre plein la vue ». Bref, cela fut tout de même époustouflant.
Lors de ce très joli moment de rassemblement des américains, j’ai pensé à ces deux dernières années. Il y a deux ans, le 5 juillet 2003, je partais en Angleterre avec la volonté de vivre de nouvelles expériences. L’Angleterre, Bordeaux, Paris, Montréal et New York. Nous sommes le 4 juillet 2005. Comment aurais-je pu croire il y a deux ans que je découvrirais toutes ces jolies villes, et que j’assisterais au feu d’artifice de la fête nationale américaine à New York ? Cette chance est unique. Je me rends compte que le parcours est joli, et que ces deux années-là constitueront une source de merveilleux souvenirs.
Vingt deux heures. Vite, il faut se dépêcher de revenir à la station centrale pour prendre le bus. Le prochain car part à minuit. Et, les premiers arrivés sont les premiers servis. Après, il sera trop tard, et il faudra prendre le prochain bus, c'est-à-dire celui de huit heures.
Nous prenons donc une dernière fois le métro new-yorkais afin de rejoindre la gare routière. Malheureusement, nous ne sommes pas les seuls à vouloir aller à Montréal. Nous attendons donc dans la file d’attente. Plus tard, nous montons dans le bus. Il n’aurait pas fallu tarder davantage à New York, car seulement cinq personnes ont pu monter dans le bus, après nous. Les autres ont donc du attendre huit heures.
Je me rappellerais longtemps de ce voyage New York- Montréal. Nous avons eu la malchance d’avoir un chauffeur cinglé. Dès le début, lorsque je lui ai laissé mon sac pour le mettre dans la soute, il l’a jeté assez fortement. Chaque fois qu’un passager venait lui demander un service, il ne faisait que répondre « Go seat down ! ». Une amabilité inexistante. En plus, il conduisait comme un fou. Le trajet retour dura moins de six heures contre près de huit pour l’aller. Le car était très inconfortable. Impossible de mettre mes grandes jambes dans l’espace derrière le siège avant. La tension est palpable entre les passagers, en raison de la fatigue, de la difficulté pour dormir, de la froideur du chauffeur, et de l’espace restreint. A quatre heures du matin, un passager vient voir le chauffeur, afin de lui demander s’il est possible d’avoir une température de chauffage plus basse. Il faisait chaud. Le chauffeur lui répond :
- Go seat Down ! (Assezyez-vous)
Le passager continue en expliquant que son opinion est partagée par beaucoup de personnes. Mais, le chauffeur lui demande à chaque fois d’aller s’asseoir. Le passager répond systématiquement. On sent la tension monter fortement. Chacun reste sur ses positions. Que va-t-il se passer ? Soudain, le chauffeur appuie violemment sur le frein, ce qui réveille les rares passagers ayant réussi à s’endormir. Face à ce geste, la personne ayant initialement demandé de baisser la température du chauffage, retourne rapidement à sa place, de peur d’avoir des ennuis supplémentaires avec ce chauffeur cinglé.
Enfin, nous arrivons à la frontière. Les voyageurs passent rapidement aux deux bureaux de la douane. C’est à mon tour. Je montre mes papiers. Bien évidemment, on me demande pourquoi je ne suis pas en règle. J’explique à nouveau ma situation. Puis, une fois de plus, on me demande : « Où êtes-vous allé ? », « Combien de temps y êtes-vous resté ? », « Qu’avez-vous à déclarer ? », « Quelle est la valeur des biens achetés ? »…. Cela fait trois jours que je passe mon temps à répondre à des questions, et à me justifier. Puis, à la différence des autres personnes, on me demande de rejoindre un autre bureau. On me pose à nouveau les mêmes questions. Là, j’apprends que mon dossier d’immigration initialement perdu a finalement été traité au Centre d’Immigration du Canada. Je recevrais bientôt mon nouveau permis de travail. Ma deuxième demande de renouvellement de ce document sera donc inutile. Je réponds encore à quelques questions, puis je rejoins le groupe.
Arrivée à la gare routière de Montréal à 5h45. Nous quittons avec joie ce chauffeur fou et les autres passagers très tendus : une altercation a eu lieu car des passagers avaient pris les places de deux autres voyageurs dans le car. New York semble loin derrière nous. C’est le retour à la réalité.
Olivier, époustouflé par ces quelques jours dans une autre ville, dans un autre monde